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l i v r e s e n s i g n e s

b i b l i o t h è q u e v i r t u e l l e e n l a n g u e d e s s i g n e s

t h è m e s l i t t é r a i r e s

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Rapport intermédiaire

En préparation : une thématique sur Alice au pays des merveilles (Lewis Carroll)

 

La lecture est un acte politique ; elle combat
l’acculturation et favorise la socialisation des
minorités linguistiques

 

1. CONCEPT
Le concept fondateur de LIVRES EN SIGNES est de rendre accessible les œuvres littéraires aux Sourds, dans leur langue naturelle, qui est la langue des signes.

De même,
LIVRES EN SIGNES s’inscrit dans un cadre didactique et culturel de sensibilisation à la LECTURE auprès des Sourds.
LIVRES EN SIGNES a pour objectif de lutter contre l’illettrisme des Sourds en encourageant l’accès à la lecture, sous toutes ces formes.
LIVRES EN SIGNES est diffusé exclusivement en LANGUE DES SIGNES, afin de lutter contre les attitudes linguistiques hiérarchisantes comme l’oralisme.

La langue des signes n’est pas une langue marginale ;
elle est la langue naturelle,
culturelle et sociale des Sourds

Enfin, LIVRES EN SIGNES, souhaite donner aux Sourds, le goût de la lecture, qui est une porte, pour acquérir une pensée autonome et constructive, permettant une liberté d’expression totale en signes et en mots.

 

 

 

2. CONSTAT
L’apprentissage de la lecture constitue, pour les Sourds, un obstacle majeur, en raison de leur surdité. Un Sourd, n’a pas accès naturellement à notre langue sonore et écrite.

 

3. PRINCIPE
Toutes langues, écrites, orales, gestuelles, sont l’expression d’une identité collective et d’une manière distincte de percevoir et de décrire la réalité.

 

4. PROPOSITION
LIVRES EN SIGNES, diffuse depuis 2007, en langue des signes, des thèmes littéraires, sur le WEB, et visibles sur notre lien :
www.video-sourds-romands.tv.
Ces thèmes s’organisent sur 3 pôles :
• Une notice biographique de l’auteur
• Une préface de son livre
• Un commentaire ou une thématique

Parallèlement, une petite bibliothèque avec les livres fournis par les maisons d’éditions qui soutiennent notre projet (GALLIMARD est notre bailleur de fonds) est ouverte à tous les Sourds.

 

5. DEVELOPPEMENT ET OBJECTIFS
La présentation de LIVRES EN SIGNES est pour l’instant visuellement très simple et uniquement en langue des signes.
Il ne s’agit pas de traductions intégrales de livres en papier, mais d’une INTRODUCTION LITTERAIRE, selon des thèmes pertinents.

Des options sont à l’étude pour l’accessibilité multilinguistique en même temps qu’une redécoupe visuelle :
• Insertion d’images et d’illustrations
• Animations didactiques
• Voix off
• Sous-titrage
• Un lexique littéraire en LSF, avec un système de consultation par indexation.
Chaque auteur représente un sujet d’étude linguistique gestuelle car il faut inventer de nouveaux signes pour nommer et identifier l’auteur.

L’objectif final demeure ambitieux : constituer une bibliothèque virtuelle en langue des signes, avec ses thèmes littéraires et ses notices biographiques.

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QUELQUES NOTIONS SUR LA SURDITE

La rencontre avec la surdité nous place devant
une nouveauté radicale. Elle fait jaillir le rapport que nous entretenons avec cet Autre qui nous
habite, dimension de l’altérité que nous voudrions
sans cesse réduire, ignorer, faire taire

6. SURDITE
La surdité est le seul handicap qui ne se voit pas, et le seul qui par l’absence d’audition exclut tous les Sourds et malentendants de toutes informations qu’un humain peut obtenir naturellement par l’ouïe.
La répercussion principale de la surdité se place sur le plan de la communication. Les Sourds ont une compréhension visuelle du monde qui les entoure.
La Fédération mondiale des Sourds ne définit pas la surdité en termes de déficience, mais plutôt en termes de différence. Cette différence concerne principalement le domaine de la communication qui fait que la personne sourde a besoin d’un support visuel gestuel pour communiquer, comprendre et vivre dans le monde.

 

7. LA LANGUE DES SIGNES
Les langues des signes sont des langues naturelles que les personnes sourdes ont développées pour communiquer entre elles.
Ces langues partagent plusieurs caractéristiques avec les langues orales, par exemple une grammaire, une syntaxe, un lexique, etc.
Comme toute langue, on peut apprendre une langue des signes comme seconde langue ; il n’est pas nécessaire d’avoir une surdité pour communiquer en langue des signes. Plusieurs entendants parviennent à développer un degré de bilinguisme solide.
Les langues signées comprennent une combinaison de configuration manuelles, d’orientation des mains, de localisation spatiale, de mouvements (bras, mains, tronc épaules, tête) et d’expression faciales (joue, lèvres, sourcils regard).

La langue des signes n’est pas une langue universelle

Il y a des différences entre les langues des signes dans le monde qui varient selon les régions. Le développement d’une langue des Signes dépend de sa région, comme une langue orale.
En dépit des différences entre les langues des signes du monde, la communication est plus facile qu’entre gens parlant différentes langues orales, il existe des centaines de langues des signes dans le monde, dont quelques-unes ont obtenu une reconnaissance légale, tandis que d’autres n’en n’ont aucune.

Les signes en péril
100 ans d’interdiction pour la langue
des signes

Congrès de Milan en 1880
Le congrès international de Milan en 1880, décrète l’interdiction de l’utilisation des dialectes patois ; en découle la suppression des méthodes d’enseignements mixtes intégrant la gestuelle.
l’interdiction définitive des gestes dans l’enseignement va changer radicalement le sort des Sourds et aura des conséquences désastreuses sur leur vie sociale.
Heureusement, la « résistance » s’installe immédiatement après le Congrès et les Sourds ont continué de se transmettre leur langue, clandestinement, dans les écoles et ailleurs, en cachette des entendants.
Néanmoins, la frustration pédagogique qui s’amplifiera au fil des années transformera les Sourds, en véritables défenseurs de leur culture et de leur identité.
Malgré tout, l’héritage du Congrès de Milan s’est prolongé jusqu’à nos jours et ce n’est que dans les années 1990, avec la « renaissance médiatique » de la langue des signes, que les Sourds ont réussi à s’imposer en tant que minorité linguistique.
Aujourd’hui, la langue des signes est devenue visible dans la société et demeure encore un véritable enjeu humain et politique.

 

 

 

Emmanuelle Prêtre / août 2008